Finastéride topique : est-il plus sûr que le comprimé ?
Le finastéride topique passe moins dans le sang, mais il y passe. S’il est plus sûr, avec moins d’effets secondaires durables, personne ne l’a mesuré.

Le finastéride topique fait passer bien moins de médicament dans le sang qu’un comprimé, et c’est pour cela qu’on a pu vous dire qu’il était plus sûr. Mais personne n’a mesuré si moins de médicament dans le sang signifie moins d’effets secondaires qui durent après l’arrêt. Et moins ne veut pas dire rien. Dans un essai de 24 semaines (en anglais), un spray de finastéride a tout de même réduit d’environ un tiers la DHT sanguine, l’hormone que le médicament fait baisser.
« Plus sûr » est une affirmation sur l’exposition : la quantité de médicament qui atteint votre organisme. Ce qui compte pour vous, c’est de savoir si des effets secondaires surviennent, et s’ils durent. Nous n’avons trouvé aucune étude qui ait suivi un groupe de personnes utilisant le spray plus de quatre semaines après l’arrêt. Tant qu’il n’y en aura pas, « plus sûr » reposera sur des prises de sang et des études de courte durée.
Moins de finastéride dans le sang, mais pas zéro
Un spray est censé agir sur le cuir chevelu, où le finastéride bloque l’étape qui transforme la testostérone en DHT. Mais l’agence américaine du médicament (FDA) indique qu’une absorption à travers la peau « dans la circulation sanguine est attendue » (en anglais).
Un essai mené en Europe chez 458 hommes (en anglais) a mesuré la quantité qui passe. Pendant 24 semaines, il a comparé un spray à 0,25 % au comprimé de 1 mg et à un placebo. Il a été financé par les laboratoires qui développaient le spray, comme c’est habituel pour un nouveau médicament. Les concentrations maximales de finastéride dans le sang étaient plus de 100 fois plus basses avec le spray. La DHT sanguine a pourtant baissé de 34,5 %, contre 55,6 % avec le comprimé et aucun changement sous placebo.
Le spray fait tout de même baisser la DHT sanguine
Les auteurs de l’essai ont conclu à une « probabilité moindre » d’effets secondaires sexuels liés à la baisse de la DHT. C’est l’argument le plus solide pour dire que le spray est plus sûr. L’Agence européenne des médicaments (EMA) convient que l’exposition est « nettement plus faible », mais son rapport d’évaluation de 2025 (en anglais) ajoute que cela « n’exclut pas complètement le risque » d’effets secondaires ailleurs dans l’organisme.
À plus faible dose, la baisse est moindre, mais elle ne disparaît pas. Dans une étude d’une semaine chez 32 hommes (en anglais) utilisant la même solution, les deux plus petites doses ont tout de même réduit la DHT sanguine de 24 % et 26 %. L’étude mesurait toutefois les hormones, pas les effets secondaires.
Le finastéride topique est-il plus sûr ? Ce que les études n’ont pas mesuré
Dans le même essai, des effets secondaires sexuels liés au traitement ont été signalés par 2,8 % des hommes sous spray (en anglais), 3,3 % sous placebo et 4,8 % sous comprimé. Les scores à un questionnaire sur la fonction sexuelle ne différaient pas significativement entre le spray et le placebo.
Cela représente cinq hommes sous spray, six sous placebo et quatre sous comprimé. L’essai avait été dimensionné pour montrer si le spray faisait pousser les cheveux, pas pour comparer les effets secondaires. Sa dernière visite a eu lieu quatre semaines après la fin du traitement, trop tôt pour montrer si un trouble durait des mois.
La plus grande étude a posé encore moins de questions. Rédigée par des salariés et des conseillers d’une entreprise américaine de téléconsultation, elle portait sur 638 629 hommes (en anglais) à qui l’on avait prescrit un produit associant finastéride et minoxidil, préparé en pharmacie. Environ 130 jours après le début, une seule question leur a été posée, par oui ou par non : étaient-ils « gênés par des effets secondaires » ? Seuls 23,7 % ont répondu, 2,7 % d’entre eux ont dit oui, et toutes les personnes qui ont répondu suivaient encore le traitement.
Une étude qui suivrait des personnes utilisant le spray pendant un an ou plus après l’arrêt montrerait si un taux sanguin plus bas signifie moins de troubles durables. Nous n’en avons trouvé aucune.
Des effets secondaires du finastéride topique qui ont continué après l’arrêt
En avril 2025, la FDA a mis en garde contre le finastéride topique en préparation magistrale (en anglais), c’est-à-dire préparé par un pharmacien ou un médecin pour un seul patient. Elle avait reçu 32 signalements entre 2019 et 2024, décrivant notamment des troubles de l’érection, une baisse de la libido, une dépression, des pensées suicidaires et un brouillard mental. La plupart indiquaient que les troubles « ont continué de persister après l’arrêt du produit ». Certaines personnes ont dit qu’un prescripteur leur avait affirmé qu’« il n’y avait aucun risque d’effet indésirable puisque le produit était topique ».
Trente-deux est un nombre, pas une fréquence. Selon la FDA, les signalements ne permettent pas d’estimer (en anglais) la fréquence d’un événement, et un signalement ne signifie pas que le médicament en est la cause. Une analyse de 2025 des signalements reçus par la FDA (en anglais) a relevé moins de signaux d’alerte pour le finastéride topique que pour les comprimés, mais en a tout de même relevé, et elle ne peut pas non plus donner de fréquence.
Sawyer a utilisé du finastéride topique pendant trois mois, et son témoignage décrit des effets qui ont continué après l’arrêt. Un seul récit ne peut pas montrer à quelle fréquence cela arrive, seulement ce que l’on vit.
La réévaluation de l’EMA de 2025 a confirmé les pensées suicidaires comme effet secondaire des comprimés de finastéride. Pour les sprays, elle n’a trouvé « aucun élément reliant les idées suicidaires » (en anglais) à leur utilisation. Le rapport d’évaluation (en anglais) montre sur quoi cela repose : la réévaluation n’a trouvé aucune étude pertinente, et aucun signalement d’une personne utilisant uniquement un spray n’a été jugé comme un cas possible ou probable. À notre avis, c’est une absence de données, pas la démonstration que le spray est sans danger : les signalements ne peuvent pas donner de fréquence, et leur absence non plus.
Le comité de sécurité de l’EMA a jugé que le rapport bénéfice-risque des sprays « reste favorable ». Il a relevé que leur information produit met déjà en garde contre les changements d’humeur observés avec les comprimés, y compris les pensées suicidaires. Il a aussi demandé aux titulaires de l’autorisation de réexaminer ce risque. Le comité a noté qu’aucun événement lié au suicide n’avait été signalé dans les essais cliniques des sprays. Mais c’était aussi le cas des essais des comprimés, et les pensées suicidaires ont tout de même été confirmées comme effet secondaire des comprimés.
Si tout cela vous touche de près : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50.
N’arrêtez pas et ne modifiez pas un traitement à cause de ce que vous lisez sur cette page.
Si vous utilisez un spray ou des comprimés de finastéride et que quelque chose a changé, parlez-en au médecin qui vous l’a prescrit et décidez ensemble de la suite. Si votre moral a chuté ou si vous avez des pensées suicidaires, consultez un médecin dès que possible.
Des règles écrites pour les comprimés
Les mesures de sécurité du finastéride ont été conçues autour du comprimé. Aux États-Unis, où aucun produit à base de finastéride pour la peau n’est autorisé, la FDA ne contrôle pas les préparations magistrales (en anglais) avant leur vente, ni pour leur sécurité, ni pour leur efficacité, ni pour leur qualité. Dans l’UE, des sprays sont autorisés depuis 2020 (en anglais), mais la nouvelle carte patient est glissée dans les boîtes de comprimés à 1 mg (en anglais). Au Royaume-Uni, nous n’avons trouvé aucun spray de finastéride autorisé : le répertoire britannique des médicaments (en anglais) ne mentionne que des comprimés. Un spray proposé au Royaume-Uni est donc probablement non autorisé ou préparé en pharmacie, et il vaut la peine de demander lequel des deux. L’agence britannique du médicament (MHRA) décrit le finastéride, dans sa réévaluation de 2024 (en anglais), comme « un comprimé pelliculé », et ses mises à jour de sécurité d’avril 2024 (en anglais) et de mai 2026 (en anglais) ne mentionnent pas les sprays.
Le spray que l’on vous propose n’est pas forcément non plus celui qui a été étudié : l’essai utilisait du finastéride à 0,25 % seul, alors que l’entreprise de téléconsultation prescrivait 0,3 % de finastéride avec 6 % de minoxidil.
Nous pensons que c’est là que « plus sûr » est le moins vérifié. Les cartes patient et les mises à jour de sécurité britanniques ont été écrites pour le comprimé, et aux États-Unis aucun spray de finastéride n’a été autorisé, tandis que les préparations magistrales ne sont pas contrôlées avant leur vente.
Si votre partenaire est enceinte ou pourrait le devenir
Le finastéride ne doit pas être utilisé pendant la grossesse, car il peut provoquer des anomalies chez un bébé de sexe masculin (en anglais). C’est pourquoi il est demandé aux femmes de ne pas manipuler de comprimés écrasés ou cassés ; l’enrobage d’un comprimé entier empêche le contact lors d’une manipulation normale. Le finastéride appliqué sur votre cuir chevelu n’a pas d’enrobage. Selon la FDA, le finastéride topique comporte un « risque potentiel plus élevé d’exposition involontaire d’autres personnes, en particulier des femmes, par transfert du produit appliqué », et elle demande aux prescripteurs de l’expliquer. Si votre partenaire est enceinte ou pourrait le devenir, demandez au médecin qui vous le prescrit comment éviter de le lui transmettre.
Avant de commencer, et si quelque chose a changé
Si vous êtes en train de décider, posez ces questions au médecin qui vous le propose :
- S’agit-il d’un produit autorisé ou d’une préparation magistrale ?
- Quelle quantité de finastéride vais-je appliquer chaque jour, et que contient-il d’autre ?
- Les effets secondaires peuvent-ils continuer après l’arrêt ? Certaines personnes qui ont fait un signalement à la FDA ont dit qu’on leur avait affirmé qu’il n’y avait aucun risque, puisque le produit était topique.
- Qui contacter si ma libido, mes érections ou mon humeur changent ?
- Comment éviter d’exposer une partenaire enceinte ou susceptible de le devenir ?
Si quelque chose a changé, parlez-en au médecin qui vous l’a prescrit, et signalez-le en précisant que vous l’avez appliqué sur le cuir chevelu. En France, le signalement se fait auprès de l’ANSM, par le portail signalement.social-sante.gouv.fr. Au Royaume-Uni, il passe par le dispositif Yellow Card de la MHRA, et aux États-Unis par MedWatch (en anglais), le système de la FDA. Ce qui se passe à l’arrêt du finastéride présente ce que disent les notices des symptômes qui persistent.
Un signalement enregistre une réaction, un jour donné. La communauté de patients de SIDEfxHUB enregistre l’évolution sur des mois et des années, ce qu’un signalement ponctuel ne permet pas.
Code MedDRA 10082430
Terme en français : Syndrome des inhibiteurs de la 5-alpha-reductase (en anglais : Post 5-alpha-reductase inhibitor syndrome)
MedDRA est le dictionnaire médical que les agences du médicament utilisent pour coder les signalements. Utilisez ce terme si les symptômes ont continué après l’arrêt du finastéride topique, des comprimés de finastéride ou du dutastéride. Recopiez ce texte exactement dans le champ de texte libre, puis décrivez avec vos mots ce qui vous est arrivé. Notre guide pour signaler des effets secondaires couvre le Royaume-Uni, les États-Unis et d’autres pays.
L’argument en faveur du spray repose sur une prise de sang. Personne n’a encore suivi assez longtemps, après l’arrêt, les personnes qui l’utilisaient pour savoir si un taux plus bas signifie moins de troubles durables. Pour l’instant, « plus sûr » est donc une hypothèse, pas un résultat. Si vous en utilisez un et que quelque chose change, parlez-en au médecin qui vous l’a prescrit, signalez-le, et consignez-le dans la communauté, qui suit les personnes après l’arrêt.
Si vous traversez un moment difficile : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50.
Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.
Ces informations ne remplacent pas un avis médical. Parlez-en à votre médecin avant toute décision concernant votre traitement.
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