Finastéride : mises en garde MHRA, EMA et FDA
Finastéride : mises en garde revues au moins sept fois depuis 2011. Il n’est pas interdit, et aucune agence ne sait à quelle fréquence les troubles durent.

Le finastéride n’est interdit ni au Royaume-Uni, ni dans l’Union européenne, ni aux États-Unis. Ce qui a changé, c’est la mise en garde qui l’accompagne. Depuis 2011, les agences du médicament l’ont mise à jour au moins sept fois, la dernière fois au Royaume-Uni le 11 mai 2026 (en anglais). Pourtant, aucune ne peut vous dire à quelle fréquence les effets secondaires persistent après l’arrêt, ni à quelle fréquence surviennent des pensées suicidaires.
Ce manque compte plus que n’importe quelle mise en garde. Quand l’agence britannique du médicament a réexaminé le finastéride en 2023, ces effets secondaires figuraient déjà dans la notice (en anglais). La réévaluation est partie d’autre chose : des patients ont dit à l’agence que les médecins, et les personnes qui prennent du finastéride, ne les connaissaient pas. Une mise en garde que l’on n’entend jamais ne protège personne.
Que disent aujourd’hui les mises en garde sur le finastéride ?
Trois agences décident de ce que la boîte de finastéride doit vous dire. Au Royaume-Uni, c’est la MHRA, l’agence britannique du médicament. Dans l’Union européenne, c’est l’Agence européenne des médicaments (EMA), et aux États-Unis, l’agence américaine du médicament (FDA). En quinze ans, toutes trois sont allées dans le même sens.
Sept des mises à jour des informations de sécurité du finastéride
Au Royaume-Uni, la consigne actuelle aux médecins est claire. Le finastéride « est associé à la dépression, aux idées suicidaires et à une dysfonction sexuelle qui peut persister après l’arrêt du traitement », a écrit la MHRA en mai 2026 (en anglais). Les médecins doivent expliquer ces risques au moment de prescrire, et demander d’abord s’il existe des antécédents de dépression.
L’Union européenne est arrivée à une position proche en 2025. Son comité de sécurité a confirmé les pensées suicidaires comme effet secondaire (en anglais) des comprimés de finastéride, après avoir relevé 325 cas pertinents dans la base européenne des signalements. La même réévaluation n’a trouvé aucun élément de ce type pour les sprays de finastéride, dont traite notre page sur le finastéride topique. Elle a aussi conclu que les bénéfices du finastéride et du dutastéride « continuent de l’emporter sur leurs risques pour toutes les indications autorisées ». C’est la position des agences, et c’est pour cela que le médicament est toujours vendu.
Aux États-Unis, la notice actuelle de Propecia (en anglais) mentionne, parmi les effets secondaires signalés après l’autorisation, des troubles sexuels qui ont continué après l’arrêt du traitement, ainsi que la dépression et les pensées et comportements suicidaires. Elle ne comporte aucun avertissement encadré (boxed warning), le niveau d’alerte le plus élevé de la FDA, parfois appelé « black box ».
N’arrêtez pas et ne modifiez pas un médicament à cause de ce que vous lisez sur cette page.
Une exception figure dans les recommandations de l’agence elle-même. La MHRA indique que les personnes qui prennent du finastéride 1 mg doivent l’arrêter en cas de dépression ou de pensées suicidaires (en anglais), et contacter leur médecin. Sous finastéride 5 mg ou dutastéride, la consigne est de contacter un médecin dès que possible.
Sept mises à jour, et toujours aucun chiffre
Chaque mise à jour de cette liste s’appuie sur des cas signalés. Aucune ne s’appuie sur une mesure de leur fréquence. Le résumé des caractéristiques du produit (RCP) britannique donne bien une fréquence pour certains effets secondaires pendant la prise de finastéride : la baisse de la libido et la dépression sont « peu fréquentes », jusqu’à 1 personne sur 100. Pour les effets qui ont motivé ces mises à jour, les troubles sexuels qui persistent après l’arrêt et les pensées suicidaires, elle n’en donne aucune.
L’EMA indique que la fréquence des pensées suicidaires sous finastéride ne peut pas être estimée (en anglais) à partir des données. Le RCP britannique indique que la fréquence des réactions signalées après l’autorisation « ne peut être déterminée » (en anglais). Quand la FDA a élargi la notice en 2012, elle a écrit que des liens de cause à effet clairs n’avaient « PAS été établis » (en anglais). Dans la même déclaration, elle indiquait que ces cas suggéraient « un éventail d’effets indésirables plus large que ce qui avait été signalé jusque-là ».
Si ce chiffre manque, c’est pour une raison inscrite dans le système lui-même. Un signalement montre qu’il est arrivé quelque chose à quelqu’un. Il ne peut pas montrer combien de personnes ont pris le médicament sans problème : il ne peut donc jamais donner de taux. Pour la dose contre la chute de cheveux, même l’agence ne sait pas combien de personnes la prennent. Le NHS, le service public de santé britannique, ne la prescrit pas, et la réévaluation de la MHRA elle-même indique que le nombre de personnes qui en prennent est difficile à connaître (en anglais).
Les essais qui ont conduit à l’autorisation ne peuvent pas combler ce manque. Les notices indiquent que, chez les hommes qui ont arrêté le traitement à cause d’effets sexuels, ceux-ci ont disparu (en anglais), sans dire combien de temps ces hommes ont été suivis. Et ce type d’essai ne vérifie pas systématiquement (en anglais) que les effets sexuels ont disparu, ce qui est précisément la question qui compte ici.
Alors, si quelqu’un vous dit que le risque est minime, ou au contraire qu’il est énorme, demandez d’où vient le chiffre. Aucune agence n’en a publié.
Les signalements ne donnent pas de taux, mais l’agence les compte. Au 31 mai 2025, la MHRA avait reçu 170 signalements de pensées suicidaires (en anglais) sous finastéride, et 19 signalements de décès par suicide. La MHRA précise qu’un signalement « ne signifie pas nécessairement que le médicament a causé la réaction ». Si tout cela vous touche de près : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50.
Une carte dans la boîte, un comprimé acheté en ligne
En avril 2012, la FDA écrivait que les prescripteurs et les patients « doivent avoir connaissance » (en anglais) de ces effets secondaires. Plus de dix ans plus tard, l’agence britannique a réexaminé le finastéride parce que des patients disaient que cette connaissance manquait toujours. Ils avaient fait part à la MHRA de leur inquiétude devant « le manque apparent de sensibilisation des professionnels de santé et des patients ». Sa réévaluation, publiée en 2024 (en anglais), a reconnu que l’on pouvait faire davantage.
La réponse a été une carte patient dans chaque boîte. C’est un vrai progrès, qui porte sa limite en lui : une carte glissée dans la boîte vous parvient une fois que la décision de prendre le médicament a été prise.
Cette décision se prend désormais souvent en ligne. Le NHS ne fournit pas le finastéride 1 mg contre la chute de cheveux : on se le procure dans des cliniques privées ou, plus souvent (en anglais), auprès de pharmacies en ligne. La MHRA a rencontré certaines de ces pharmacies. Certaines, a-t-elle constaté, « disposent de procédures rigoureuses de vérification et de suivi, d’autres non ». Les encadrer « ne relève pas des compétences de la MHRA ». Ce rôle revient au General Pharmaceutical Council, l’autorité britannique des pharmacies, qui leur a rappelé en octobre 2024 (en anglais) que « délivrer du finastéride à distance comporte un risque particulier ».
Nous pensons que c’est là que les mises en garde sont les plus faibles. La consigne aux médecins suppose un médecin qui vous interroge sur vos antécédents et garde un œil sur votre humeur. La réévaluation de la MHRA admet que l’achat en ligne est une voie qui « ne permet pas facilement de surveiller » les personnes pour ces effets secondaires précisément.
Miles a pris du finastéride contre la chute de cheveux sans jamais penser que les effets secondaires pouvaient lui arriver. Dans un entretien de 31 minutes avec Moral Medicine, il décrit ceux qui ont continué après l’arrêt. Son témoignage a sa propre page.
Que faire si cela vous est déjà arrivé ?
Les mises en garde ne sont pas un diagnostic. Des patients ont demandé à la MHRA de reconnaître le syndrome post-finastéride comme une maladie, et elle a répondu que cela ne relève pas de ses compétences (en anglais). Mais ce sont des documents officiels, et vous pouvez les poser sur le bureau d’un médecin.
- Apportez la carte et la notice au médecin qui vous a prescrit le finastéride. La MHRA a introduit la carte parce que les médecins peuvent ne pas connaître ces effets secondaires. Notre page sur ce qui se passe à l’arrêt du finastéride présente ce que disent les notices des symptômes qui persistent.
- Signalez-le. En France, le signalement se fait auprès de l’ANSM, par le portail signalement.social-sante.gouv.fr. Au Royaume-Uni, c’est le dispositif Yellow Card, et aux États-Unis, MedWatch (en anglais). Vous n’avez besoin ni de l’accord d’un médecin, ni d’une preuve.
- Rejoignez la communauté de patients. Un signalement enregistre une réaction, un jour donné. La communauté suit les personnes sur des mois et des années : c’est la trace que les bases de données des agences n’ont jamais été conçues pour conserver.
Code MedDRA 10082430
Terme en français : Syndrome des inhibiteurs de la 5-alpha-reductase (en anglais : Post 5-alpha-reductase inhibitor syndrome)
Utilisez-le si vous avez pris du finastéride ou du dutastéride et que les effets secondaires ont continué après l’arrêt. Recopiez ce texte exactement dans le champ de texte libre, puis décrivez vos symptômes avec vos mots. « Syndrome post-finastéride » est le nom employé par les personnes concernées et ne figure pas dans le dictionnaire. Notre guide pour signaler des effets secondaires couvre le Royaume-Uni, la France, les États-Unis et d’autres pays.
Les mises en garde disent désormais ce que des patients signalent depuis des années : les effets secondaires du finastéride peuvent persister après le dernier comprimé. Ce qu’elles ne savent toujours pas dire, c’est à quelle fréquence, et seule une étude qui suit les personnes après l’arrêt pourrait y répondre. En attendant qu’elle existe, la seule trace de ce qui se passe ensuite est celle que les patients laissent eux-mêmes, dans un signalement et dans la communauté.
Si vous traversez un moment difficile : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7 ; SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. Les effets sur l’humeur sont traités dans notre page sur Propecia, dépression et suicide.
Toutes les citations ont été traduites de l’anglais.
Ces informations ne remplacent pas un avis médical. Parlez-en à votre médecin avant toute décision concernant votre traitement.
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